PROCÉDURE & FORMALITÉS 09.08.26 · 7 MIN

Évaluation apport en nature : guide complet 2026

Comment évaluer un apport en nature lors d'une augmentation de capital ? Commissaire aux apports, méthodes, seuils de dispense et pièges à éviter. Guide 2026.

Sommaire — 6 parties
L'ESSENTIEL EN TROIS LIGNES
01 L'évaluation d'un apport en nature repose sur la valeur vénale réelle du bien au jour de l'apport, pas sur sa valeur comptable ou son prix d'achat initial.
02 Le commissaire aux apports est en principe obligatoire pour tout apport en nature lors d'une augmentation de capital, sauf dispenses strictement encadrées.
03 Surévaluer un apport en nature engage la responsabilité civile et pénale des associés et du commissaire aux apports pendant cinq ans.

Lors d’une augmentation de capital par apport en nature, l’évaluation du bien apporté est la étape la plus sensible de toute la procédure. Elle détermine le nombre de parts ou d’actions attribuées à l’apporteur, conditionne l’intervention d’un commissaire aux apports, et engage la responsabilité des associés pendant cinq ans. Voici comment la conduire correctement.

Pourquoi l’évaluation d’un apport en nature est-elle si critique ?

Contrairement à un apport en numéraire — dont la valeur est évidente — un apport en nature porte sur un bien tangible ou intangible : fonds de commerce, matériel industriel, véhicule, brevets, créances, actions de société, immeuble. Sa valeur ne se lit pas sur un relevé bancaire.

L’enjeu est double. D’un côté, l’apporteur cherche à recevoir le maximum de parts ou d’actions en contrepartie de son apport. De l’autre, les associés déjà présents ont intérêt à ce que la valeur retenue soit juste, pour ne pas voir leur quote-part diluée par une surévaluation artificielle.

C’est la raison pour laquelle le législateur a instauré le mécanisme du commissaire aux apports, expert indépendant chargé d’évaluer le bien de façon objective et d’en certifier la valeur dans un rapport écrit remis avant la décision collective.

⚠️ Responsabilité en cas de surévaluation. Si les associés retiennent une valeur supérieure à celle attestée par le commissaire aux apports, ils sont solidairement responsables, pendant cinq ans, de la différence envers les tiers (créanciers, autres associés, acquéreurs de parts). Cette règle s’applique aussi en cas de dispense de commissaire : si la valeur retenue s’avère surévaluée, la responsabilité des associés reste pleine et entière.

Chez Hélios Énergie, la SAS dirigée par Claire que nous suivons en fil rouge sur ce site, l’augmentation de capital implique l’entrée d’un nouvel associé qui souhaite apporter du matériel solaire d’occasion estimé à 80 000 €. Ce montant dépasse largement les seuils de dispense : un commissaire aux apports est incontournable.

Quels biens peuvent faire l’objet d’un apport en nature ?

La liste est large. Pratiquement tout actif ayant une valeur économique peut être apporté à une société en contrepartie de droits sociaux :

CatégorieExemples courants
Biens corporels mobiliersVéhicules, machines, matériel informatique, stocks
Biens immobiliersLocal commercial, entrepôt, terrain
Fonds de commerceClientèle, droit au bail, enseigne, nom commercial
Droits incorporelsBrevets, licences, marques déposées, logiciels
Valeurs mobilièresActions ou parts sociales d’une autre société
CréancesCréance certaine, liquide et exigible sur la société ou sur un tiers

Chaque catégorie appelle une méthode d’évaluation spécifique. Un immeuble se valorise différemment d’un brevet ou d’un fonds de commerce. Le commissaire aux apports adapte son approche en conséquence.

📌 Principe cardinal. La valeur retenue doit toujours être la valeur vénale au jour de l’apport, c’est-à-dire le prix qu’un acquéreur raisonnable accepterait de payer dans des conditions normales de marché. Ni la valeur d’achat d’origine, ni la valeur nette comptable ne suffisent seules à justifier la valorisation.

Le commissaire aux apports : désignation, mission et rapport

Qui est concerné ?

En SARL, l’intervention du commissaire aux apports lors d’une augmentation de capital par apport en nature est prévue par article L223-33 du Code de commerce. Il est désigné à l’unanimité des associés, ou à défaut sur requête auprès du président du tribunal de commerce compétent.

En SAS et SASU, le régime applicable est celui de article L225-147 du Code de commerce, qui renvoie aux règles des SA pour la désignation et la mission du commissaire.

Les seuils de dispense en SARL

La loi prévoit une dispense de commissaire aux apports en SARL sous deux conditions cumulatives : chaque apport en nature concerné ne doit pas dépasser chaque apport < 30 000 € et total ≤ moitié du capital, et la valeur totale de l’ensemble des apports en nature dispensés ne doit pas excéder la moitié du capital social après augmentation.

Ces seuils s’entendent de la valeur retenue par les associés, pas d’une estimation préalable. Si vous vous trompez dans votre estimation et que le bien vaut réellement plus, la dispense ne couvre pas la responsabilité.

⚠️ Attention en SAS. La dispense de commissaire aux apports en SAS lors d’une augmentation de capital est soumise à des conditions spécifiques qui méritent une vérification précise selon la configuration de l’opération. [À VÉRIFIER : conditions exactes de dispense en SAS hors constitution.]

Ce que contient le rapport

Le rapport du commissaire aux apports doit obligatoirement décrire :

  1. Le bien apporté : désignation précise, état, situation juridique (existence de sûretés, litiges, etc.).
  2. La méthode d’évaluation retenue et la justification de son choix.
  3. La valeur attribuée, avec les éléments de calcul détaillés.
  4. Une conclusion indiquant si la valeur retenue correspond — ou non — à la valeur réelle du bien.

Ce rapport est déposé au siège social et mis à la disposition des associés avant la tenue de l’assemblée générale extraordinaire qui décide l’augmentation de capital. Il est ensuite annexé au procès-verbal d’AGE et déposé au greffe avec le dossier de formalités.

Les méthodes d’évaluation utilisées en pratique

Le commissaire aux apports n’est pas tenu par une méthode unique. Il choisit l’approche la plus pertinente selon la nature du bien, et justifie ce choix dans son rapport.

Pour un fonds de commerce, il combinera généralement :

  • La méthode des barèmes sectoriels (multiple du chiffre d’affaires ou de l’EBE selon le secteur) ;
  • L’analyse du droit au bail résiduel et des conditions locatives ;
  • La valeur de la clientèle appréciée par la rentabilité des exercices passés.

Pour du matériel et des équipements, il s’appuiera sur :

  • La valeur de remplacement à neuf, diminuée de la dépréciation liée à l’usage et à l’âge ;
  • Les prix du marché de l’occasion pour des équipements comparables ;
  • L’état réel du matériel constaté lors de la visite.

Pour des valeurs mobilières (actions d’une autre société), il utilisera :

  • L’actif net réévalué ;
  • La méthode des comparables boursiers ou transactionnels ;
  • La méthode des flux de trésorerie actualisés (DCF) si la société apportée a une activité récurrente.

Pour un immeuble, il fera en général appel à une expertise immobilière indépendante dont il reprend et valide les conclusions.

💡 Claire chez Hélios Énergie a mandaté un commissaire aux apports désigné sur requête, faute d’unanimité entre elle et le futur associé sur le choix de l’expert. Le commissaire a visité les panneaux solaires et onduleurs sur site, consulté les prix du marché de l’occasion pour ce type de matériel, et retenu une valeur de 71 500 € — sensiblement inférieure à l’estimation initiale de 80 000 €. Les associés ont décidé de retenir cette valeur, conformément à leur intérêt et à leur responsabilité.

Déroulé complet de la procédure d’augmentation par apport en nature

L’évaluation du bien n’est qu’une étape dans une procédure plus large. Voici le déroulé type pour une SAS ou une SARL :

  1. Désignation du commissaire aux apports (unanimité ou requête au tribunal).
  2. Remise du rapport d’évaluation au siège social, mis à disposition des associés.
  3. Convocation et tenue de l’AGE : décision d’augmenter le capital, approbation de l’évaluation (ou non), modification des statuts (article 1835 du Code civil — article L210-2 du Code de commerce).
  4. Réalisation de l’apport : transfert juridique du bien à la société (acte de cession, remise des clés, inscription si nécessaire).
  5. Publication d’une annonce légale dans un support habilité (loi n° 55-4 du 4 janvier 1955) — voir notre guide sur l’annonce légale augmentation de capital.
  6. Dépôt du dossier au greffe via le guichet unique INPI pour inscription modificative au RCS.
  7. Obtention du Kbis mis à jour mentionnant le nouveau capital.

Pour piloter l’ensemble de ces étapes sans erreur, consultez notre page dédiée à l’augmentation du capital social : elle récapitule les pièces à fournir, les délais et les honoraires du service.

Les règles de publicité légale varient légèrement selon la forme sociale. Si votre société est une SARL, référez-vous à notre guide sur l’annonce légale augmentation de capital SARL. Pour une SAS ou SASU, consultez notre article dédié à l’annonce légale augmentation de capital SAS / SASU. En cas de capital variable, les règles de publicité diffèrent : notre article sur l’annonce légale capital variable précise les mentions obligatoires.

📌 Droits d’enregistrement. Les augmentations de capital en numéraire sont gratuit (depuis la loi de finances 2019). En revanche, un apport en nature portant sur un immeuble ou un fonds de commerce peut rester soumis à des droits spécifiques. [À VÉRIFIER selon la nature exacte du bien apporté et votre situation fiscale.]

Les pièges à éviter absolument

1. Confondre valeur comptable et valeur vénale. Un matériel amorti à zéro dans les comptes peut avoir une valeur de marché réelle. À l’inverse, un fonds de commerce inscrit à l’actif pour 200 000 € peut ne valoir que 80 000 € si la clientèle a diminué. C’est toujours la valeur vénale au jour de l’apport qui prime.

2. Négliger les passifs attachés au bien. Si un immeuble apporté est grevé d’une hypothèque, sa valeur nette d’apport s’entend après déduction du passif. Apporter un bien dont la valeur nette est négative constitue un apport en industrie déguisé, inadmissible en capital social.

3. Croire que la dispense de commissaire supprime tout risque. La dispense autorise les associés à évaluer eux-mêmes le bien. Elle ne les exonère pas de la responsabilité en cas de surévaluation. En cas de litige, c’est eux qui devront prouver que la valeur retenue était justifiée.

4. Oublier les formalités de transfert de propriété. Pour un immeuble, le transfert nécessite un acte notarié et une publication à la conservation des hypothèques. Pour un fonds de commerce, une publicité spécifique est requise. Ces formalités sont distinctes des formalités d’augmentation de capital.

5. Sous-estimer le délai. Désignation du commissaire, réalisation de sa mission, convocation des associés, publication légale, dépôt greffe : comptez en pratique quatre à huit semaines minimum pour une opération sans accroc.


Pour toute question sur votre situation spécifique ou pour lancer la formalité, contactez notre équipe. Nous préparons votre dossier complet à partir de à partir de 200 € HT, frais de greffe (166,71 € TTC) et annonce légale (136 € HT HT) en sus.


Article rédigé par Alexis Egron, dirigeant de Norge Conseil (Paris / Bordeaux). Mis à jour le 4 août 2026.

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