AUGMENTATION DE CAPITAL 25.07.26 · 8 MIN

Augmentation de capital : intégrer un investisseur

Augmentation de capital pour l'entrée d'un investisseur : procédure complète, étapes juridiques, pièges à éviter. Guide expert 2026 pour SARL, SAS et SASU.

Sommaire — 6 parties
L'ESSENTIEL EN TROIS LIGNES
01 L'entrée d'un investisseur au capital implique obligatoirement une modification des statuts et une assemblée générale extraordinaire.
02 Les fonds apportés doivent être déposés sur un compte bloqué avant l'immatriculation modificative ; un certificat du dépositaire est exigé.
03 Le délai de l'opération s'étend en pratique sur 3 à 6 semaines, en comptant la rédaction des documents, l'annonce légale et le traitement par le greffe.

Faire entrer un investisseur dans votre société passe, dans la grande majorité des cas, par une augmentation de capital en numéraire. Cette opération modifie les statuts, crée de nouvelles parts ou actions, et dilue mécaniquement les associés existants. Elle suppose une assemblée générale extraordinaire, un dépôt de fonds, une annonce légale et une inscription modificative au RCS. Voici la procédure exacte, étape par étape.

Pourquoi l’entrée d’un investisseur passe presque toujours par une augmentation de capital

Un investisseur — business angel, fonds d’investissement, partenaire industriel — peut techniquement rejoindre une société de deux façons : en rachetant des parts existantes à un associé sortant, ou en souscrivant des parts nouvelles émises pour lui. Ces deux situations sont juridiquement très différentes.

La cession de parts ou d’actions existantes ne fait entrer aucun argent frais dans la société. L’investisseur paie le cédant, pas l’entreprise. C’est utile pour une restructuration actionnariale, pas pour financer la croissance.

L’augmentation de capital par apport en numéraire, à l’inverse, injecte directement des liquidités dans la trésorerie de la société. C’est pourquoi les levées de fonds — qu’il s’agisse d’un tour d’amorçage avec un business angel ou d’une série A avec un fonds — passent systématiquement par cette voie.

Le montant du capital social est une mention statutaire obligatoire en vertu de article 1835 du Code civil et de article L210-2 du Code de commerce. Toute variation — même d’un euro — impose donc une modification formelle des statuts.

💡 Exemple fil rouge — Hélios Énergie : Claire, présidente de la SAS Hélios Énergie, souhaite accueillir un business angel apportant 150 000 €. Son capital actuel est de 10 000 €. Elle ne cherche pas à céder ses propres actions : elle veut que l’argent entre dans la société pour financer ses recrutements. L’augmentation de capital s’impose naturellement.

La prime d’émission : le mécanisme clé qui protège les associés historiques

Avant d’aborder la procédure, il faut comprendre la prime d’émission. C’est souvent le point le plus mal maîtrisé lors d’une première levée de fonds.

Le capital nominal correspond à la valeur inscrite dans les statuts. Dans l’exemple d’Hélios Énergie, les 10 000 actions existantes ont une valeur nominale de 1 € chacune.

La valeur réelle de la société est, elle, bien supérieure : compte tenu de son chiffre d’affaires, de ses contrats, de sa technologie et de ses perspectives, les parties se sont accordées sur une valorisation pré-money de 600 000 €.

Si l’investisseur souscrit 100 nouvelles actions à 1 € (valeur nominale), il obtiendrait 100/10 100, soit environ 1 % de la société pour 100 €. C’est absurde au regard de la valorisation négociée.

La prime d’émission corrige cette distorsion. Le prix de souscription de chaque action nouvelle intègre :

  • la valeur nominale (ex. 1 €) → comptabilisée en capital social,
  • la prime d’émission (ex. 59 €) → comptabilisée en réserve.
ComposanteMontant par actionTotal pour 2 500 actions nouvelles
Valeur nominale1 €2 500 €
Prime d’émission59 €147 500 €
Prix de souscription60 €150 000 €

Résultat : le capital social passe de 10 000 € à 12 500 €, et la société encaisse 150 000 € dont 147 500 € en prime d’émission. Les associés historiques sont protégés : leur part diluée reste cohérente avec la valorisation négociée.

⚠️ Piège fréquent : fixer le prix de souscription à la valeur nominale faute de valorisation formalisée. Cela revient à offrir à l’investisseur une part du capital sans tenir compte des actifs incorporels (clientèle, savoir-faire, marque) déjà constitués. Une lettre de term sheet ou un pacte d’associés doit fixer la valorisation avant de convoquer l’assemblée.

La procédure juridique étape par étape

1. Vérifier que le capital antérieur est intégralement libéré

C’est un prérequis incontournable. En SA, article L225-131 du Code de commerce l’interdit formellement. Le même principe s’applique aux SARL et SAS : une augmentation en numéraire ne peut intervenir que si les apports initiaux ont été intégralement appelés et libérés. Vérifiez votre Kbis et votre comptabilité avant d’aller plus loin.

2. Convoquer et tenir l’assemblée générale extraordinaire

La modification du capital emporte modification des statuts. Elle relève donc de l’assemblée générale extraordinaire (AGE).

  • En SARL : la décision est prise aux conditions de majorité fixées par article L223-30 du Code de commerce. La loi exige en principe une majorité des deux tiers des parts détenues par les associés présents ou représentés, selon les modalités statutaires.
  • En SAS / SASU : articles L227-1 et suivants du Code de commerce consacrent la liberté statutaire. Ce sont vos statuts qui fixent les règles de majorité et de quorum. Vérifiez-les systématiquement avant de convoquer.

L’AGE se prononce sur :

  • le principe de l’augmentation,
  • le montant du capital nouveau et de la prime d’émission,
  • le nombre de parts ou d’actions nouvelles émises,
  • l’identité du souscripteur (l’investisseur entrant),
  • le délai de libération du solde si les fonds ne sont pas intégralement versés.

Le procès-verbal doit être rédigé avec soin : c’est le document socle de toute la procédure.

3. Déposer les fonds et obtenir le certificat du dépositaire

L’investisseur dépose les fonds correspondant à sa souscription (ou à la fraction immédiatement libérée, soit au minimum un quart (1/4)) sur un compte bloqué ouvert au nom de la société auprès d’une banque, d’un notaire ou d’une Caisse des dépôts.

En contrepartie, la banque délivre un certificat du dépositaire attestant du montant versé. Ce document est exigé par le greffe pour valider l’inscription modificative au RCS. Sans lui, la formalité est bloquée.

📌 En pratique : certaines banques prennent plusieurs jours ouvrés pour ouvrir le compte de dépôt et délivrer le certificat. Anticipez ce délai dès la prise de décision en AGE.

4. Publier l’annonce légale de modification

L’augmentation de capital est une modification substantielle qui doit faire l’objet d’une publication dans un support habilité à recevoir les annonces légales, conformément à loi n° 55-4 du 4 janvier 1955.

L’avis doit mentionner, entre autres : la dénomination sociale, le numéro SIREN, l’objet de la modification, l’ancien et le nouveau montant du capital, la date de la décision collective.

Le coût de cette insertion est de 136 € HT (forfait). Vous recevez en retour une attestation de parution (ou justificatif de publication) indispensable pour le dossier de greffe.

Pour bien préparer votre avis, consultez notre guide complet : Annonce légale augmentation de capital : modèle 2026. Si votre société est une SAS ou SASU, cet article dédié vous sera utile : Annonce légale augmentation de capital SAS / SASU. Vous trouverez également des exemples concrets d’annonces légales de changement de capital pour vous repérer.

5. Déposer le dossier modificatif au guichet unique INPI

L’inscription modificative au Registre du Commerce et des Sociétés s’effectue via le guichet unique des formalités des entreprises (INPI), qui centralise la mise à jour du Registre National des Entreprises (RNE).

Le dossier comprend notamment :

  • le procès-verbal de l’AGE constatant l’augmentation,
  • les statuts mis à jour et signés,
  • le certificat du dépositaire des fonds,
  • l’attestation de parution de l’annonce légale,
  • le formulaire de modification complété.

Les frais de greffe pour une inscription modificative (avec avis BODACC) s’élèvent à 166,71 € TTC.

Une fois le dossier traité, le greffe délivre un nouvel extrait Kbis mentionnant le capital social actualisé. Le numéro SIREN reste inchangé.

Pour prendre en charge l’ensemble de ces formalités — de la préparation du dossier à la transmission au greffe — notre service d’augmentation du capital social est disponible à partir de à partir de 200 € HT (hors frais de greffe et d’annonce légale).

Ce que l’entrée d’un investisseur change concrètement dans la gouvernance

L’augmentation de capital ne se limite pas à une opération financière. Elle remodèle la gouvernance de votre société.

La répartition du capital est modifiée mécaniquement. Les associés historiques voient leur pourcentage diminuer (dilution). Avant de signer, vérifiez les implications sur les seuils de blocage : en SARL, certaines décisions requièrent une majorité qualifiée ; en SAS, les statuts peuvent prévoir des droits de veto attachés à certaines catégories d’actions.

Le pacte d’associés — document distinct des statuts — est presque toujours négocié simultanément lors de l’entrée d’un investisseur professionnel. Il peut contenir des clauses de préemption, de drag-along, d’anti-dilution, de sortie forcée, etc. Ce document ne fait pas l’objet de publicité légale, mais il régit concrètement les rapports entre associés.

Le droit d’information et de contrôle de l’investisseur doit être précisément défini : rapport annuel, comptes trimestriels, droit d’audit… Un business angel chevronné demandera systématiquement ces clauses. Anticipez-les dans les négociations.

💡 Exemple fil rouge — Hélios Énergie : L’investisseur entrant chez Hélios Énergie a exigé une clause d’anti-dilution en cas de nouveau tour de financement à valorisation inférieure. Claire et son conseil ont intégré cette clause dans le pacte d’associés, signé le même jour que le PV d’AGE. Les statuts, eux, se bornent à acter le nouveau capital.

Les cas particuliers à connaître

Apport en nature d’un investisseur

Un investisseur peut apporter non pas de l’argent mais un bien (brevet, logiciel, matériel, stock) en contrepartie de parts nouvelles. Dans ce cas, l’intervention d’un commissaire aux apports est en principe requise pour évaluer le bien apporté, conformément à article L225-147 du Code de commerce (SAS) et article L223-33 du Code de commerce (SARL).

Le commissaire aux apports est nommé à l’unanimité des associés ou, à défaut, par ordonnance du président du tribunal de commerce. Son rapport doit être déposé avant la décision collective. L’opération est plus longue et plus coûteuse qu’un apport en numéraire.

Des droits d’enregistrement peuvent s’appliquer selon la nature du bien apporté [À VÉRIFIER selon votre situation et le type d’actif].

Conversion de compte courant d’associé

Un associé ou un partenaire peut avoir consenti des avances en compte courant à la société. La conversion de ce compte courant en capital (augmentation de capital par compensation de créances) est une forme d’augmentation sans apport extérieur nouveau, mais techniquement similaire à une augmentation en numéraire. Elle suit la même procédure formelle.

SCI et augmentation de capital pour un associé entrant

La procédure est identique dans son principe pour une SCI, avec les spécificités liées au régime civil des sociétés de personnes. Consultez notre guide dédié : Annonce légale augmentation de capital SCI : guide 2026.

Récapitulatif des étapes et documents requis

ÉtapeActionDocument produit
1Vérification de la libération du capital antérieurAttestation comptable / Kbis
2Convocation et tenue de l’AGEProcès-verbal d’AGE + statuts mis à jour
3Dépôt des fondsCertificat du dépositaire
4Publication de l’annonce légaleAttestation de parution
5Dépôt au guichet unique INPIRécépissé de dépôt + Kbis mis à jour

Délai global estimé : 3 à 6 semaines en pratique, selon la réactivité de la banque dépositaire, le délai de publication de l’annonce légale et le volume de dossiers traités par le greffe.

Coût global : honoraires de formalité (à partir de 200 € HT) + annonce légale (136 € HT) + frais de greffe (166,71 € TTC). À cela s’ajoutent éventuellement les honoraires d’un avocat ou d’un expert-comptable pour la négociation du pacte d’associés et l’évaluation de la société.

⚠️ Point de vigilance — augmentation de capital SARL : si vous envisagez une augmentation de capital pour une SARL, notez que les conditions de majorité de article L223-30 du Code de commerce peuvent être plus contraignantes que dans une SAS. Vérifiez vos statuts et le quorum effectif de vos associés avant de convoquer. Consultez également notre guide sur l’annonce légale d’augmentation de capital en SARL pour les spécificités de publication.


Chaque levée de fonds est une opération sur-mesure. La procédure formelle décrite ici est la même pour tous, mais la négociation qui la précède — valorisation, pacte d’associés, gouvernance — mérite un accompagnement adapté à votre situation. Si vous avez un doute sur l’une des étapes ou sur la structuration de l’opération, contactez-nous avant d’engager quoi que ce soit.


Article rédigé par Alexis Egron, dirigeant de Norge Conseil. Mis à jour le 24 juillet 2026.

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Supervise les dossiers du réseau · relu le 24.07.26
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